Vous venez de lire une
publicité alléchante dans laquelle on vous vante les mérites dun tour qui vous
fera passer pour le meilleur close-up man au monde. Epatez vos amis, brillez en société
et autres arguments racoleurs. Vous passez donc votre commande et ô surprise en lisant la
notice, tout en bas en tout petit, vous apprenez que le tour ne peut être présenté en
public ou lors d'une représentation télévisée.
Si vous êtes un amateur, cela ne risque pas trop de vous gêner mais si vous êtes
professionnel c'est plus embêtant.
La question de la portée de votre achat et des droits afférents tels que la
représentation et le cadre, est parfaitement légitime. Nous avons contacté un avocat
spécialisé qui a bien voulu nous éclairer un peu sur le sujet.
En premier lieu, nous demandons une explication simple des différents droits.
La propriété intellectuelle et les droits d'auteurs, concernent les uvres
originales, telles que :
- Un texte
- Une musique
- Une chorégraphie ou mise en scène etc...
Tout ceci est protégé par les droits d'auteurs et ce 70 ans après le décès de
l'auteur. Impossible d'entrer dans les détails car chaque domaine a des spécificités
qui lui sont propres. Mais une chose est sûre, la représentation d'une uvre est
protégée et doit être soumise à autorisation et donner lieu à des compensations
financières.
La magie entre dans ce cadre à plusieurs titres, le texte d'une routine, la
chorégraphie et plus largement la mise en scène (présentation). Donc si vous regardez
un magicien à la télévision et que vous reproduisez son tour plus ou moins à
l'identique, vous portez une atteinte claire à ses droits.
Prenons un exemple, celui des anneaux chinois. Il est bien entendu que ce matériel
fait parti du patrimoine magique et que tout le monde peut présenter ce tour sans rien
demander à personne, les nombreuses passes et manipulations faisant elles aussi partie du
patrimoine commun de la magie.
Lorsque Richard Ross, décide de monter sa version en musique, sans parole avec des
mouvements lents. Cette version, sa présentation devient unique et originale, donc
protégée par les droits dauteurs.
La propriété industrielle et les brevets, ici nous pénétrons dans
un domaine moins artistique mais qui intéresse aussi la magie. Peuvent être protégés
des choses matérielles comme des inventions, des procédés ou des savoirs faire ; ou
bien des choses immatérielles comme, un logo ou un nom.
Si un tour composé d'une succession de manipulations trouve difficilement sa place
dans cette catégorie, un gimmick, les plans d'une grande illusion entrent dans cette
catégorie. Le but du brevet est de protéger l'invention en réservant l'exclusivité de
la fabrication voire de la distribution au créateur et d'empêcher les contrefaçons. En
aucun cas, le brevet n'empêche l'utilisation ou la représentation si l'article a été
dûment acquis. Il faut donc se reporter à la première catégorie et retourner à la
propriété intellectuelle.
Nous voici donc plus éclairés, si nous avons acheté légalement un article, la seule
chose qui peut nous empêcher de l'utiliser en public ce sont les droits d'auteurs. Il est
maintenant temps d'aborder la deuxième partie de notre question. Ai-je le droit de
représenter un tour en public lorsque j'en ai fait légalement son acquisition ?
La réponse de notre interlocuteur est qu'a priori, il faut en faire la demande. Mais
quand nous parlons des droits du consommateur et plus particulièrement de larticle
L111-1 du code de la consommation. Les réponses deviennent beaucoup moins
précises. Petit rappel de cet article.
Tout professionnel vendeur de biens ou prestataire de services doit, avant
la conclusion du contrat, mettre le consommateur en mesure de connaître les
caractéristiques essentielles du bien ou du service. En cas de litige, il appartient au
vendeur de prouver qu'il a exécuté cette obligation.
Le texte est clair, dans notre cas nous avons un vendeur de biens qui doit, avant la
conclusion du contrat c'est-à-dire avant le paiement de la marchandise, mettre le
consommateur en mesure de connaître les caractéristiques essentielles du bien,
c'est-à-dire non seulement le secret, ce que personne ne demande jamais, mais aussi les
droits liés à son utilisation. Représentation libre ou non.
Notre interlocuteur est bien forcé d'admettre que si a première vue, les droits
d'auteurs s'appliquent, transposer tel quel le droit d'auteur à la magie vendu sous cette
forme est plus complexe qu'il n'y paraît. Si le magicien vendait sa représentation
filmée sans explication sous forme de spectacle, ce serait simple.
Mais que dire s'il vend son secret, céde-t'il aussi une partie de ses droits ? Il faut
surtout envisager la raison pour laquelle le consommateur se porte acquéreur d'un tour et
il est d'avis que le but c'est bien son utilisation. Il existe un vrai conflit d'intérêt
entre les droits de l'artiste et ceux du consommateur. L'absence d'avertissement est aussi
une source de confusion, mais en tout état de cause, le texte reste la propriété de
l'auteur, cette partie doit être adaptée par l'acheteur. Pour le reste c'est plus vague
et de nous inviter à poser la question aux principaux concernés.
Ce que nous nous empressons de faire auprès de quelques créateurs mais sans réponse.
Un silence qui en dit long sur lembarras que soulève cette question. Répondre que
les tours sont libres serait laisser une porte grande ouverte et personne ne veut prendre
ce risque. Et inversement, affirmer que les tours ne sont pas libres de droit cest
à coup sûr se tirer une balle dans le pied en perdant des ventes.